Le mouvement des airs – Pauline Gay des Combes Gliven

Le mouvement des airs – Pauline Gay des Combes Gliven

« Nous avions quitté nos maisons, au nom d’un impératif qui ne portait pas de nom. Il y a bien des mois, mes mains avaient poussé le bois pourri et, alors que les vagues s’étaient brisées contre mon bateau, d’autres m’avaient suivi, jetant à leur tour leur vie sur les planches humides, dressant haut dans le ciel les voiles blanches. »

Pauline Gay Des Combes, valaisanne et doctoresse généraliste de profession, signe avec « Le mouvement des airs » le premier de cinq tomes d’une sagapubliée aux Editions Helvetia revisitant la dystopie fantastique avec d’autres codes. Khosso, Argile, Riri et Simoun vivent sur une Ile en marge de la Grande Terre, territoire de nature dominé par les forêts. Ils grandissent au sein d’une tribu qui livre une guerre avec les Blancs.

« Du mouvement des airs, Khosso imagina Sio. Il fut le plus grand et le plus beau des personnages que le jeune homme inventât. Inspirant, complexe et doté des plus grandes qualités, qui ne se retrouvent que par fragments chez la plupart des êtres vivants, il était l’incarnation de la perfection, possédant, dans cette première partie, la couleur qui pour lui représentait la liberté : le blanc. Tel le vent. (…) Il demanda à Khosso un jour, alors attablés autour d’une bière, de lui raconter comment, et par quel chanceux hasard, ils avaient pu se rencontrer et le jeune homme survivre jusqu’ici sans sa précieuse influence. » /quatrième de couverture.

Selon les propos de l’autrice, « le titre est fait référence au vent, qui sera la source d’inspiration du personnage principal. L’histoire est contée par ce dernier à Sio, un personnage né de sa propre imagination et qui incarne les différentes phases par lesquelles passe quelqu’un se destinant à l’art poétique. Le récit se déroule de l’enfance à l’âge adulte, en expliquant les différents choix faits par le héros pour suivre l’aspiration donnée par le vent ». 

Les thèmes principaux sont l’aspiration poétique et l’imagination, ce qui implique de rejoindre celle -sans nulle doute débordante- de l’autrice pour entrer dans le texte. La narration est divisée en plusieurs niveaux ; déstabilisant dans un univers dont on ne connait ni les origines ni les codes. Les décalages de niveau de langue entre le familier et le soutenu surprennent également. Le livre plaira à ceux qui acceptent ces bouleversements, acceptant de laisser leurs repères au mouvement des airs.

2022, Editions Helvetia

Faut-il s’attaquer aux livres de Game of Thrones ?

Faut-il s’attaquer aux livres de Game of Thrones ?

 » Lorsqu’on s’amuse au jeu des trônes, il faut vaincre ou périr, il n’y a pas de moyen terme. « 

De tous les fans de Game of Thrones que je connais, nombre d’entre eux m’a interrogé sur mon expérience de lecture de la saga littéraire sur laquelle se base la série à succès. Cet article vise donc à partager ma découverte des deux premiers tomes écrits par George R. R. Martin. Une lecture, je précise, entreprise après avoir visionné l’intégrale des épisodes en VF d’abord, puis en VO avec sous-titres, puis en VO sans sous-titres.

I. Préambule

Bon. Je n’ose pas calculer le nombre d’heures de ma vie que j’ai perdu devant Game of Thrones et le pire c’est que dans mon cas, le terme « perdu » se doit d’être relativisé en considération du degré de réjouissance que provoquais en moi chaque moment où Daenerys s’envolait sur un dragon géant. Plus le fait que j’ai enrichi mon vocabulaire anglophone d’un tas de termes parfaitement inutiles à mémoriser tels que « pont-levis » ou « décocher » en faisant référence à un arc. Cela n’empêche qu’il m’est difficile de résumer l’intrigue ; il s’agit quand même de huit saisons avec des tonnes de personnages et d’intrigues secondaires.

Game of Thrones, donc, ou le Trône de Fer en V.O., nous emmène dans un univers imaginaire et inspiré de l’Angleterre médiévale, où les résidents d’une terre appelée Westeros se tapent dessus pour le contrôle absolu des Sept Couronnes, rassemblées dans un espèce d’état fédéral où le président ou plutôt le Roi, dans une vision démocratique semblable à celle de Poutine, chapeaute le tout depuis un trône formé de milliers de lances de fer. Les personnages issus pour la plupart des couches sociales supérieures avancent au fil des saisons entre alliances, mutineries et règlements de compte, pour sauver l’honneur de leurs Maisons et créer un monde meilleur -bien que leur vision respective du fameux monde meilleur diffère. Au Nord, un mur a été créé pour protéger le monde des vivants du Roi de la Nuit, l’armée des morts, ainsi que des sauvageons préférant le froid au fait d’être soumis à des décrets royaux. Des précurseurs de l’anarchie, en fait.

A la différence de Tolkien, le peuple des Hommes est le plus représenté à Westeros, mais l’implication du surnaturel dans le quotidien apparaît régulièrement, sous la forme des Marcheurs Blancs (ladite armée des morts, qui se multiplie au fur et à mesure qu’elle tue), des sorcières condamnant les innocents au supplice du bûcher (Martin a voulu les venger) ou plus rarement, des dragons, sur lesquels seule la Maison Targaryen exerce le contrôle. Ainsi, les trois oeufs de dragons que Daenerys reçoit en consolation pour un mariage forcé lui permettront-ils de reconquérir le Trône volé à son père par le Roi Robert Barathéon  ?

Je ne débattrai pas ici sur la pertinence du final de la série ; à ce sujet, vous trouverez de quoi vous occuper sur Youtube, où des tas de geeks dans un état de désarroi profond exposent leur propre version de la fin idéale sur des montages vidéo improvisés, ainsi qu’une pétition signée par les fans et transmises aux réalisateurs pour demander un nouveau tournage de la saison 8 (ce qui a fait grincer les dents des acteurs ayant passé toute une année à se lever à trois heures du mat’ pour faire semblant de s’entretuer dans la neige). Je dirai juste, de mon côté, que la fin de ladite saison m’a laissée très seule et très triste et que j’ai décidé de pousser dans le tragique en m’attaquant aux livres pour voir une lumière au bout du tunnel. J’exagère à peine.

II. Introduction

En ce qui concerne les livres, j’en savais très peu, excepté que l’auteur a obtenu des prix lors de la parution de la saga dans les années 1990. Ainsi, quand on se moquait de mon obsession pour Westeros, je répondais « oui mais en fait, c’est de la littérature ! ». Je précise que j’ai peu de lectures à mon actif dans le genre de la fantaisie, excepté les Harry Potter (puisque j’avais onze ans pile en même temps que le protagoniste quand il entre à l’école des sorciers et qu’à l’époque, j’espérais aussi recevoir ma lettre pour Hogwarts), plus une tentative avortée de terminer la Communauté de l’Anneau (rares sont les livres que je ne termine pas, c’est pourquoi je m’époumone à dire qu’il ne s’agit que d’une pause et que je reprendrai Tolkien plus tard, mais il faut admettre que la pause dure déjà depuis trois ans et que je ne suis pas allée plus loin que le chapitre de l’arrivée à Bree). A savoir que les tomes de G. R. R. Martin étaient vendus séparément à leur parution, mais les publications ultérieures regroupent deux volets en un seul ouvrage, et j’ai donc acheté tout d’abord le tome I qui se porte sur le premier livre La Glace et le Feu et le second Un donjon rouge.

III. Analyse

Alors finalement, lire Game of Thrones, ça donne quoi ?

a) Une concentration à toute épreuve….

J’étais loin de m’attendre à un niveau de langue aussi soutenu. En réalité, je me suis félicité d’avoir opté pour la version numérique des livres, car ma liseuse a un dictionnaire intégré et ce n’est pas ironique. Si l’on prend en compte le talent littéraire de l’auteur couplé aux champs lexicaux de l’univers guerrier et médiéval dont je ne maîtrise pas le voc’, on se retrouve à interrompre sa lecture pour rechercher les définitions de mots comme «étourneau » «zibelines » ou « rubec ». Les scènes de combat exigent par ailleurs une concentration sans faille pour suivre quel coup est donné par qui et qui finit par perdre sa tête. Pour finir, les personnages des classes populaires s’expriment dans un registre de langue très différent du narrateur mais ponctué d’interjections et d’amuïssements. Tout cela exige une relecture de certains passages, ou un lâcher-prise par rapport au besoin de tout comprendre (j’ai pris l’option 2, je m’en fous, j’ai vu la série). J’ai été étonné de lire que G. R. R. Martin a été critiqué pour son style car selon moi, il n’est à douter que ce Monsieur sait écrire ; cela rend la lecture un peu moins récréative que prévu à mon sens, et en matière de fantaisie, la volonté de repérer les symboles et allégories derrière le texte passent au second plan, je m’attends juste à lire pour me divertir. 

b)  Une intrigue fidèle au scénario

Pour les deux premiers tomes en tout cas, j’étais surprise de retrouver de nombreuses scènes de la série reproduites presque mot pour mot dans le texte et le fil conducteur principal du récit est parfaitement suivi. Il est à relever que l’auteur a participé activement à l’élaboration des scénarios, étant lui-même scénariste pour la télévision. Les aisances face à l’histoire originale sont telles que l’on peut s’y attendre lorsqu’il s’agit de porter un texte si long à l’écran : certains personnages ont été éludés, tout comme certaines intrigues secondaires. Toutefois, le premier tome commence bien par le mariage de Daenerys et se termine sur la décapitation de Ned Stark. En plus des faits à proprement parler, le lecteur retrouve l’univers de la série HBO qui ne daigne pas à briser les tabous et confirme son goût pour la violence sanguinolente.

L’auteur a opté pour une narration interne, ce qui est sa grande particularité et une des raisons qui ont valu à son oeuvre le prix de Meilleur roman fantastique en 1997. Ainsi, tous les personnages principaux prennent la parole à tour de rôle pour raconter leur bout d’histoire. Cette forme narrative donne de la profondeur au récit, les protagonistes portent l’histoire sur leurs épaules, au détriment parfois de l’intrigue elle-même. J’ai toujours trouvé que la richesse de la série était de présenter des personnages dotées d’une certaine complexité intérieure et peu stéréotypés. Nombre d’entre eux présentent plusieurs visages et contribuent au suspense par leur fourberie. Ainsi, même la reine Cersei est capable d’attiser la sympathie du lecteur.

c) Une certitude de rester sur sa faim

Les grands fans le savent peut-être, la série d’HBO suit le scénario des livres jusqu’à la fin de la saison 5. Les trois saisons suivantes sortent de l’imaginaire des réalisateurs avec sans doute GRRM comme souffleur. Pas parce qu’ils souhaitaient prolonger par charité le contrat de Kit Harrington, sauvagement poignardé à la fin du cinquième tome, mais simplement car les trois derniers livres n’ont pas encore été écrits. On peut croire à une blague, mais l’auteur a pondu son dernier exemplaire en 2011. Début 2012, le tournage pour HBO commence. Un emploi à plein temps pour Monsieur Martin ? Je veux bien concéder qu’écrire prend du temps, toujours est-il que depuis passé douze ans, le scénariste est bloqué sur l’écriture de Winds of Winter, annoncé pour 2020, puis 2021, puis… J’espère que l’auteur a encore de beaux jours devant lui mais je mentionne en passant qu’il a 74 ans et serait actuellement sollicité pour le tournage des spin-off dérivés de Game of Thrones, notamment House of Dragons que la RTS nous a généreusement offert en octobre passé. En bref, on peut s’attaquer à lire l’intégrale de la série, mais au-delà du fait qu’il faudra retenir un nombre incommensurable de noms de lointains cousins des Stark et des Lannister, on avance certains de passer nos soirées post-lecture à rechercher des avis sur le Web pronostiquant sur la date de la sortie effective du prochain livre. Qui soit dit en passant, n’est pas le dernier. Si je récapitule, on a à peu près autant de chance de panser les plaies du final de HBO à travers les livres de Martin que de voir la Nati remporter la prochaine coupe du monde et franchement, après une lecture ardue demandant concentration et persévérance, c’est frustrant. Et si J. K. Rowling avait arrêté les Harry Potter à la fin de l’Ordre du Phénix ? J’en frissonne rien que d’y penser.

IV. En conclusion…

Il est possible que Martin ait arrêté d’écrire ses livres en voyant que la série HBO remportait un tel succès que plus personne ne s’intéresserait à ces vieux parchemins poussiéreux contenant l’original de l’histoire. Dans la Bible, le Nouveau Testament n’a-t-il pas détrôné l’Ancien ? Eh bien, je lui en veux, mais une part de moi comprend ce Monsieur.

Parce que moi, j’ai arrêté de lire après le tome 2. Pour la simple et bonne raison que la série HBO est plus divertissante. Et franchement, dans cette histoire, c’est le serpent qui se mord la queue, parce qu’au-delà du final, nul dans les deux cas (mal écrit pour la série, inexistant pour les livres), une oeuvre de cette envergure sans suspense est l’équivalent d’un plat de sushi sans sauce soja: manquant de saveur et limite décevant. Et moi, je lis les aventures d’Arya Stark, Jon Snow, Tyron Lannister et Daenerys Targaryen sans suspense parce que merci HBO, je connais déjà la fin. Ainsi, pour l’instant, ma lecture des livres de Game of Thrones a le même statut que celle de la Communauté de l’Anneau: en pause. Je reprendrai quand le mec barbu qui peut se vanter d’avoir créé Westeros aura cesser de nous mener en bateau et publier son prochain bouquin. Promis.

  • Version originale : 1996. A song of ice and fire : A Game of Thrones.
  • Traduction : Editions Pygmalion, 1998. Le Trône de Fer. Réuni en un seul volume en 2012.